Un peu de réflexion

CE QUI DOIT CROÎTRE ? CEUX QUI CROIENT !

3 octobre 2010

Le grain de moutarde, en effet, est l'une des graines les plus insignifiantes qui soient. A peine peut-on les percevoir dans le creux de la main. La foi commence ainsi : minuscule, imperceptible, si ténue que celui qui la porte en lui n'en n'a même pas une conscience claire et distincte.

On reproche beaucoup à Dieu de ne pas aller assez vite, de ne pas hâter le temps de sa venue, de ne pas venir par son règne mettre fin aux guerres, aux horreurs, aux injustices dont notre monde est blessé, et avec lui la conscience de ceux qui ont une conscience. Mais, à l'évidence, son temps n'est pas le nôtre. Qu'en Jésus-Christ il ait voulu entrer dans notre manière de vivre le temps, c'est une évidence. Il s'y est même soumis en choisissant d'être dépendant, de grandir, de vieillir… Notre temps a du prix au yeux de Dieu, Il choisit de dépendre de ce temps pour accomplir son œuvre : arracher notre monde aux ténèbres, à la loi du plus fort, aux blessures de la Création, aux illusions de l'égoïsme… Car dans ce temps qui nous est donné et jamais en-dehors de lui, se déploie notre liberté, nos hésitations, et finalement notre « oui » lorsqu'il vient, un « oui » sans réserve à la vie qu'Il nous offre, seule porte par laquelle Il puisse entrer et régner, comme s'Il était chez Lui. Alors qu'Il l'est, bien sûr. Mais pas sans le consentement de sa minuscule créature, l'homme, dont Il accepte de dépendre suprêmement. Pour l'homme, Dieu ne fera rien sans l'homme. C'est nous qui, finalement, lui offrons ou non l'hospitalité au coeur de notre temps.

C'est la raison pour laquelle Jésus prend, pour parler de ces choses délicates à saisir, la géniale et lumineuse comparaison de la croissance germinale. Ce qui est semé a besoin du temps, et rien ne se fera sans cette acceptation d'une promesse différée, le contraire même du « tout, tout de suite! » auquel nous sommes si habitués parfois. « Cette vision se réalisera, mais seulement au temps fixé ; elle tend vers son accomplissement, elle ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, à son heure », avons-nous entendu à la 1ère lecture. De même, pour nous, quelque chose doit croître, s'étendre, se répandre, déborder, devenir visible et même incontournable. De quoi s'agit-il ? S'agit-il d'une idée, d'un projet, de quelque chose de matériel ou d'immatériel ? Il s'agit sans doute de tout cela à la fois, et même de bien plus : il s'agit de LUI. Ce qui est semé en nous par le don insigne du baptême, c'est Dieu par l'Esprit. C'est le Christ-germe, aussi petit que l'enfant qui vient de naître, pas encore capable de parler. C'est cela qui doit grandir. Et devenir Parole. La nôtre… et la sienne… Dieu en l'homme, comme Il le désirait si ardemment semble-t-il.

Alors vient la question du service, qui semble arriver de nulle part dans cet Evangile. De nulle part? Peut-être pas. Elle vient de la promesse même d'une foi qui grandit, qui n'est rien d'autre que la promesse du Christ qui, en nous, grandit, lui qui est la source et l'objet même de la foi, puisque par lui Dieu peut être contemplé et connu. Le service, cet étrange appel à devenir ce que nous sommes, des « êtres-pour-le-service »… Servir, c'est tout à coup réaliser en nos actes l'Amour originel, cet amour qui s'adresse tout à la fois à nous (qui nous recevons du projet créateur du Père et accomplissons ce pour quoi nous sommes créés), à nos frères (que nous servons et re-connaissons ainsi comme semblables) et au Créateur (que nous glorifions dans ce service), dans la lignée du triple commandement d'amour que Jésus nous a laissé: Dieu, ton prochain, toi-même… Servir, ce n'est pas devenir activiste, ce n'est pas courir partout, comme on le croit trop souvent. C'est d'abord s'asseoir et calculer, comme l'architecte qui veut bâtir, et se demander: « si je suis appelé à servir, comment puis-je servir, quels dons puis-je offrir, comment les mettre en oeuvre? ». Dans le service, la foi devient actes, l'illusion de l'égocentrisme laisse place à la vérité d'une vie tournée vers autre que soi, là où il faut chercher le visage même du Ressuscité. Servir, c'est d'abord accepter que je puisse y être appelé et y parvenir. Servir, c'est vraiment croire. Et parce que la foi ne grandit que par la grâce, par ce compagnonnage quotidien avec le Maître auquel notre foi s'attache, parce que ce chemin ne peut en aucun cas se faire synonyme de la passivité et d'un contentement de soi au rabais, parce que le monde a besoin de nos pauvres espérances qui font naître des actes humbles mais incroyables de joie transfigurée en éternité, peut-être bien que le monde a besoin de notre foi si petite mais appelée à grandir, peut-être bien que dans notre monde si désenchanté, croire, c'est servir.

Père Émeric Dupont

SUR CE SENTIMENT ILLUSOIRE DE SÉCURITÉ

26 septembre 2010

« Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles » nous dit Amos, dans une formule ramassée qui a de quoi faire frissonner tous ceux qui auront écouté cette première lecture de notre liturgie dominicale. Pour beaucoup de nos contemporains, pour nous peut-être, l'aspiration à la « tranquillité », aux petits plaisirs de la vie, au cocooning, peut sembler légitime, au cœur d'un environnement qui requiert rapidité, sang-froid, patience et solidité de nerfs parfois. La tranquillité, le dernier confort, ou presque, d'un occident dont on ressasse chaque jour la perte de vitalité, les conditions de vie plus oppressantes, moins conviviales. Le petit confort du petit chez-soi est l'ultime pré carré, l'ultime forteresse ouatée que tout individualiste du XXIème siècle, fut-il catholique, a bien à cœur de faire sien sans se priver. Quel mal y a-t-il, en effet, à aspirer à une vie calme et sans vagues, chacun chez soi… et Dieu pour tous !

Reconnaissons à Amos sa fougue, elle est proverbiale. Chez un homme tourmenté, comme lui, tourmenté par les exploitations du petit par le plus fort, la « tranquillité » est synonyme d'aveuglement. Dans le monde inégalitaire qui était le sien, régnait déjà la loi du plus puissant, où la justice même, dans la main des maîtres, pesait selon deux poids et deux mesures les torts et les droits de chacun, en favorisant, bien sûr, celui que la vie avait déjà nanti… Ce monde-là fait écho au nôtre, incontestablement. Et le cynisme installé aux plus hauts sommets du pouvoir, Amos le fustige avec une rigueur que n'aimeraient pas davantage entendre tous les « profiteurs de système » de notre temps. Lorsque le petit, à qui Dieu lui-même s'identifie, dont Il est d'ailleurs mystérieusement proche, presque co-extensif, lorsque ce « sans voix » est écrasé, c'est le cœur même du Créateur qui est blessé, son amour insulté, le don de Sa vie méprisé… Quand une injustice mettant en jeu le pouvoir et son usage, est exercée ici-bas, c'est l'ordre du monde qui vacille. Dieu en personne, sans qu'on ne sache pourquoi, est cloué à nos humiliations, Il les partage, elles l'affectent. Il n'est pas « au-dessus » d'un tel outrage. Il en est même le principal destinataire, que l'offensant en ait conscience ou (la plupart du temps) non.

Avec sa claire et tranchante conscience (c'est l'essentiel du contenu de sa prédication) d'une telle intimité du « Très-Haut » avec ceux que la société des hommes considère comme « très bas », Amos ne peut dormir sur ses deux oreilles. Il souffre également de nos mesquineries, de nos compromissions, de nos lâchetés. Celui qui refuse de voir l'injustice, à ses yeux, est « malheureux », au sens que Jésus donnera aux béatitudes et à leur contraire: ce malheureux-là est privé de l'essentiel, de ce qui fait la sève de la vie véritable: la compassion, la reconnaissance d'une vérité sans laquelle la vie n'est qu'un songe, c'est-à-dire une illusion, une semblance de vie: nous sommes un dans le cœur du Père, issus d'un même projet d'Amour créateur.

Alors il ne faut pas prendre cette imprécation pour une menace. « Malheur à vous » veut dire « vous êtes à plaindre ». Ce n'est pas une parole performative mais une constatation navrée. Il en donne d'ailleurs l'explication dans la suite de la phrase: « et à ceux qui se croient en sécurité ». Isolés sur la petite île de leur satisfaction, à l'abri du monde et des autres, qu'ils soient seuls ou entourés d'une nombreuse famille… ils sont pris dans une logique d'isolement spirituel le plus dramatique, le plus terrible, parce que nul, même pas Dieu lui-même, ne peut rien pour eux. La détresse d'autrui les indiffère, les mécanismes pervers à l'œuvre dans le monde leur font hausser les épaules. Ils ne savent dire, et penser que cet impératif catégorique: « jouissons pendant qu'il est temps ». Leur capacité à aimer, à créer, à inventer, à s'émouvoir, à désirer, à se donner… toute cette énergie n'est tournée que vers eux-mêmes. Oui, malheureux les tranquilles, ceux que rien n'atteint. Ils s'éloignent lentement, comme un continent à la dérive loin de ses terres d'origine, de ce qui fait l'essence même de l'humanité: la capacité à se faire « le prochain » d'un autre. Ce plus beau cadeau que le Créateur nous ait fait, si l'on y songe: sortir de soi, regarder plus loin et plus haut, comprendre que le centre du monde est ailleurs qu'en soi. Il est partout où bat un autre cœur humain.

Père Émeric Dupont

LE CHRIST… UNE QUESTION DE « VALEUR ».

19 septembre 2010

Dieu et l'argent, une histoire tumultueuse… Où l'ironie pointe parfois, du point de vue divin (exprimé la plupart du temps par les prophètes, puis par le Christ lui-même), sur cette agitation qui saisit l'humain face à ce qui ne devrait être qu'un moyen d'échanger, de symboliser la valeur et non de prendre la place de Dieu. Le taureau fabriqué de main d'homme avec de l'or des bijoux, au désert, lors de l'Exode, en dit long sur l'attrait-fascination qu'exerce l'argent sur les consciences, au point de faire perdre le sens commun aux volontés les mieux trempées.

L'Évangile, qui souligne l'ambivalence de « l'argent trompeur », est l'occasion de revenir sur un épisode trop souvent mis de côté: la « vente » du Christ par Judas aux autorités romaines. Cet échange, Jésus contre trente deniers (pièces d'argent), équivaut à peu près au prix d'achat d'un esclave ou d'un minuscule lopin de terre. A l'époque, il s'agissait de quelques euros d'aujourd'hui, guère plus. Saint Paul souligne le paradoxe, savoureux et effrayant, d'un tel marché. Celui en qui « tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles » (Col 1, 15-16), c'est-à-dire qui est la source même de toute richesse, de toute valeur même, est échangé au prix d'un moins-que-rien. Le prix payé, dérisoire, est assumé par les autorités du Temple. C'est le prix que valaient également, dans les listes de proscription, les faux prophètes lorsqu'ils étaient dénoncés pour être châtiés. Et c'est peut-être cela qui souligne encore l'avantage la profondeur du malentendu: Jésus est vendu au prix des imposteurs, c'est-à-dire accueilli comme une fausse monnaie. Et pour ceux qui le méconnaissent, il en est encore de même aujourd'hui. Car qui aurait pu discerner que cet homme ne faisait pas nombre avec les charlatans de quartier ? Comment percevoir, au-delà des apparences, la profondeur et la portée de la Parole de Vie ? De quelles dispositions intérieures fallait-il être pourvu pour pressentir cette valeur unique, au-delà de toute valeur ?

La mise à prix du Christ met en crise tout un système, à vrai dire: l'idée de jauger, de mesurer la valeur d'une personne humaine. « Combien tu vaux ? », « Combien il pèse en kilo-euros, celui-là ? », « Est-elle bankable (rentable) celle-là? », entend-on parfois dans nos médias. Rien ne peut acheter l'homme parce qu'il est sans prix, qu'il soit joueur de foot, trader ou immigré clandestin… Le christianisme naissant, en quelques siècles, avait fait sombrer l'institution séculaire de l'esclavage, de la marchandisation de l'humain. Prenons garde que, subrepticement, elle ne revienne par la fenêtre là où nous l'avions expulsée par la porte. Cela commence peut-être par ne pas réduire qui que ce soit à ses notes à l'école, à son salaire, à son utilité économique supposée, à la spéculation dont il ou elle peut être l'objet, à son image dans le monde. Faute de quoi, chaque jour, c'est un peu du malentendu du Christ vendu au prix des charlatans qui se reproduit, dans son éclatante absurdité, et dans toute sa dimension scandaleuse, révoltante.

Père Emeric DUPONT

Photos du repas partagé lors de l’installation du P. Emeric Dupont

17 septembre 2010

« Habillez-le! »

12 septembre 2010

On a coutume de s'émouvoir, à juste titre sans doute, de la joie débordante du père dans la parabole du « fils prodigue ». Il nous arrive d'être sensible à ces marques touchantes d'attention et d'amour qu'il offre à celui qui revient (quelles qu'en soient les raisons bonnes ou mauvaises, qu'importe) de son exil volontaire. Pour lui, le repas sera abondant. La bague, les chaussures et la robe dont on va le revêtir seront de grande qualité. Mais cette histoire ne serait pas parabole si elle n'avait pour signifié des figures qu'elle cherche à nous faire connaître. Le père du récit est bel est bien une métaphore du Père céleste qui regarde et accueille de cette manière déraisonnable parce qu'amoureuse, son enfant… qu'il soit l'égaré égocentrique ou le légaliste amer.

Un mot a retenu mon attention. La traduction habituelle nous fait part de la « plus belle robe ». « Protèn », en grec, peut aussi se traduire par « première ». La « première robe »… La robe des origines, symbole d'une plénitude de confiance originelle, offerte au commencement, par le Créateur à sa créature humaine. Cette expression de « première robe » m'a interpellé. L'enjeu de la nudité humaine comme honte de soi et de la nécessité de la recouvrir en signe de dignité retrouvée, est centrale dans toutes les Ecritures et les traverse de part en part. N'oublions pas, par exemple, à la fin de l'Evangile de Jean, cet étonnant passage où Pierre, reconnaissant le Seigneur sur l'autre rive, s'habille pour plonger à sa rencontre… Passage étonnant au premier niveau de lecture mais tout à fait compréhensible dans une logique symbolique, justement.

On a trop souvent voulu faire de la Genèse un livre naïvement scientifique, ou, pire, historique. Or c'est un récit de foi quant à l'origine de l'homme, foi d'Israël puis des chrétiens, admirablement mis en forme d'une manière toute entière symbolique, et revendiquée comme telle dans la façon même de l'écrire. Dans le livre de la Genèse, donc, la rupture de communion avec Dieu étant consommée, l'homme et la femme se découvrent tout à coup nus, et, remplis de honte, se protègent à l'aide de feuilles de vigne, que Grégoire de Nysse, un Père de l'Église, qualifie de « haillon de misère ». Ce n'est pas qu'en elle-même la nudité serait misérable, mais la misère vient de ce qu'elle révèle quelque chose de perdu: une manière toute différente de regarder l'autre, en voyant d'abord en lui sa dimension unique, admirable. Mais, me direz-vous, avant cette brisure originelle du lien d'intimité entre Dieu et l'homme, l'homme et la femme ne portaient pas de robe ! Quelle est donc cette « première robe » perdue, cette dignité que Dieu seul peut redonner à celui qui revient vers Lui ? Pour Jean Chrysostome, autre Père de l'Eglise, les humains “jouissaient d'une telle confiance qu'[il] en était effectivement, comme s'ils n'avaient pas été nus : la gloire d'en haut les vêtait mieux que n'importe quel vêtement”. La « première robe », c'était, c'est aujourd'hui même, la confiance en Dieu, l'accueil plénier de Sa vie, qui redonne, par corollaire, confiance en soi et en l'autre. « Tu aimeras Dieu et ton prochain comme toi-même »… L'enfant prodigue avait perdu jusqu'à l'amour de soi, la tendresse paternelle de Dieu lui ré-offre dans ce geste de l'accueil plénier.

Notre liturgie le célèbre avec éclat, lorsqu'au baptême elle s'exclame « tu as été baptisé dans le Christ, tu as désormais revêtu le Christ, tu participes à sa triple dignité de prêtre, de prophète et de roi », lorsque les nouveaux baptisés revêtent le vêtement blanc qui est sensé symboliser cette transformation intérieure. Et il y a, autour de nous, chez ceux que nous côtoyons et en nous-mêmes, tant de nudités, de hontes de soi, de désespérances, à revêtir du vêtement immaculé de la confiance retrouvée et de la bienveillance qui libère ! Mais une telle relation, comme le vêtement immaculé ou précieux qui la signifie, est fragile. Quiconque n'en prend pas soin l'abîme et la déchire. Le pardon, donné et reçu, seul, la répare. Mais c'est une autre histoire…


Père Emeric DUPONT

« Préférer le Christ à tout »

6 septembre 2010

L’évangile de ce dimanche nous rappelle une des plus difficiles exigences de la vie chrétienne : renoncer à tout pour suivre le Christ. L’exigence du renoncement n’est pas une nouveauté qu’aurait apportée le christianisme. Bien avant Jésus, le judaïsme connaît plusieurs cas d’hommes mariés qui quittent tout pour se mettre au service d’un maître et s’initier à la Loi près de lui. Un des services à rendre consistait à accompagner le Rabbi lors de ses voyages. Tel fut, par exemple, le cas d’Elisée qui suivait et servait Elie (1R19,21).

Jésus connaissait cette pratique de l’école rabbinique. Il s’y réfère pour déterminer les conditions d’être son disciple. Mais en même temps, il va au-delà des habitudes juives pour apporter une double originalité :

– D’abord, c’est au moyen d’un vocabulaire radical qu’il invite celui qui veut devenir son disciple à rejeter toute attache familiale qui fait obstacle : « si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » (Luc 14, 26). Toutes ces relations légitimes, ainsi que l’amour tout aussi légitime de sa vie, ne doivent pas être prioritaires.

– Ensuite, la séparation d’avec sa famille n’a pas pour but d’étudier simplement la Loi ou d’accompagner le Rabbi lors de ses voyages. Mais elle permet de s’attacher à la personne même de Jésus et de le suivre partout pour partager sa destinée. Il ne s’agit plus simplement d’un rapport de maître/disciple mais d’une relation d’amitié. « Je ne vous appelle plus serviteurs car le serviteur ignore ce que veut faire son maître. Mais je vous appelle mes amis parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jean 15,15)

L’attachement au Christ passe aujourd’hui par une écoute fidèle de sa Parole, une célébration régulière des sacrements mais aussi par un attachement à la communauté à laquelle on appartient ou celle dont on a la charge d’âmes. Tel fut le cas pour le Père Louis-Marie Chauvet envers les Saint-Loupiens. Ce n’est pas sans état d’âme qu’il a célébré dimanche dernier sa dernière messe. Je me rappellerai toujours de ces ovations après le « Magnificat » pour clôturer la messe. Je le remercie, au nom de tous les paroissiens et au mien propre, pour son dévouement et ses audacieuses initiatives pastorales. Au nom des mêmes paroissiens et au mien aussi, je souhaite la bienvenue, dans notre paroisse, au Père Emeric Dupont. Nous savons qu’il est gentil, plein de talents et d’initiatives. Il nous apporte, au nom du Christ, toute sa vigueur et sa jeunesse. Nous serons toujours là, avec lui et près de lui, pour construire ensemble cette belle communauté paroissiale. « Oh, qu’ils sont beaux sur la montagne, les pas de ceux qui portent la Bonne Nouvelle… ». Bienvenue parmi nous, Emeric.
P. Serge NZUZI MASUAMA

Chers paroissiens de Saint Leu,

27 juin 2010

Ainsi est la vie en Eglise : nul n’est propriétaire de la « mission ». Dans la foi, on s’y reconnaît envoyé ; envoyé par le Christ … Oui, je sais, ce genre de formule peut paraître d’un cléricalisme « convenu ». C’est sans doute parce que j’ai appris à me méfier des « convenances » (surtout quand elles sont cléricales…) que je crois pouvoir la reprendre sans être (trop) dupe en la faisant spirituellement totalement mienne. Oui, me dis-je encore aujourd’hui, c’est le Christ qui m’a envoyé comme prêtre vers vous ; et c’est le Christ qui me demande de vous quitter pour aller « dans les villes voisines » « annoncer la Parole de Dieu » (Marc 1,38)… Lire la suite »

C’est Noël aujourd’hui

25 décembre 2005

Ce court poème, sans prétention aucune, s’inspire d’un texte anonyme. Je vous l’offre comme un très simple cadeau de Noël. Peut-être pourriez-vous le dire comme prière avec vos enfants, ou en couple, ou seul… ? Un soir … ou chaque soir de ce temps de Noël… ?P. Louis-Marie Chauvet

C’est NOËL aujourd’hui : Jésus vient chez les hommes, il prend un corps d’enfant, il se fait tout petit, il devient l’un de nous pour tisser nos vies d’hommes avec la vie de Dieu.C’est Noël aujourd’hui : Jésus sent son cœur battre, un cœur qui sait aimer sans jamais se lasser, un cœur blessé à mort, un cœur blessé d’amour, de l’Amour de Dieu même.C’est Noël aujourd’hui : Jésus étend les bras, des bras pour le partage et la fraternité, des bras portant jusqu’au malade ou prisonnier la guérison de Dieu.C’est Noël aujourd’hui : Jésus ouvre les yeux. Dans son regard, on lit : « l’amour est le plus fort. Vous pouvez discerner en tout homme au cœur droit le visage de Dieu ».C’est Noël aujourd’hui : Jésus vient accoster sur nos rivages d’hommes. Et son étoile luit, phare dans notre nuit, nous indiquant le capqui nous conduit à Dieu.C’était NOËL hier, c’est NOËL aujourd’hui : Jésus-Emmanuel, compagnon de nos vies, Tu portes jusqu ‘à nous, trésor incomparable, La Présence de Dieu !

Marie en attente…L’Eglise en attente

18 décembre 2005

Chaque année, au 4° dimanche de l’Avent, la figure de Marie succède à celle de Jean-Baptiste dans notre liturgie. La page d’évangile qui nous la présente cette année est superbe, mais tellement ” codée ” par de multiples allusions à l’Ancien Testament ! Or, justement, ce codage, loin de nous rendre hermétique ce texte, nous permet d’en faire la relecture ci-dessous, tributaire de celle que nous propose le diocèse pour cette année de Jubilé.
a- En amont de la scène de l’Annonciation, l’avenir de Marie semble tout tracé : n’est-elle pas ” accordée en mariage à Joseph”
b- Mais c’est alors, justement, qu’elle est ” visitée ” par Dieu. Et Dieu remet tout en cause : ” Voici que tu vas concevoir… ”
b- Un tel avenir paraît impossible. Marie fait valoir ses raisons. Elle objecte donc : ” Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? ”
d- La réponse de Dieu est stupéfiante : ” L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre”. Notons d’abord l’extrême pudeur à travers laquelle la chose est annoncée : ” la puissance du Très-Haut “, celle de ” l’Esprit-Saint “, est évoquée à travers l’image de la ” nuée ” de la présence de Dieu qui accompagnait de son ” ombre ” le peuple d’Israël durant sa longue marche d’exode entre l’Egypte et la terre promise. Il y a donc ici du Mystère ; non pas du ” mystère ” au sens de Madame Soleil, du mystère qui vient simplement exciter la curiosité, mais du mystère qui révèle ce qu’est Dieu et qui, du même coup, peut engager notre vie… Notons ensuite ce que fait Dieu face à ce qui paraît impossible : il envoie l’Esprit-Saint…
Une telle page d’évangile peut aisément résonner, me semble-t-il, sur le plan de notre vie personnelle. Je laisse à chacun le soin de se demander, personnellement ou (mieux encore, sans doute) en groupe, comment ce texte résonne dans sa vie, et devient ainsi vraiment ” parole de Dieu ” pour lui…
Mon propos est ici, en communion avec notre évêque, en ce 40ème anniversaire de la création de notre diocèse de Pontoise, de faire parler ce texte en direction de nos communautés chrétiennes. Je m’inspire d’ailleurs directement à ce sujet de quelques-unes des questions qui nous sont proposées dans le dossier du Jubilé :
– Qu’est-ce qui, dans la paroisse, nous paraît trop “tracé”,trop évident dans nos manières de faire ?Pouvons-nous nous demander à quoi Dieu, comme communauté paroissiale, nous appelle ?
– Avons-nous vécu de l’inattendu ces dernières années? Cela a-t-il changé quelque chose dans notre façon de voir les choses ? et dans nos manières de faire ?
– L’inattendu dérange, il fait peur… Quelles sont nos craintes pour nous-mêmes et pour la communauté paroissiale ?
– Qu’est-ce qui, au contraire, nous rassure? Y a-t-il des événements, des initiatives, des courants, qui nous paraissent être des signes de Dieu en ce sens ?
– Finalement, qu’est-ce qui, par rapport à tout cela nous ” tient ” personnellement dans la foi ?
N’hésitez pas à répondre à ces questions et, si vous le voulez bien, à envoyer votre réponse à moi-même ou à un membre de l’EAP.

Père Louis-Marie Chauvet

9 décembre 1905- 9 décembre 2005

9 décembre 2005

100 ans. Elle a 100 ans, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. C’est là un événement majeur. Elle s’inscrivait dans la logique de la première sécularisation, celle qui permettait à la science, à la suite de l’«affaire Galilée», de s’émanciper par rapport à la tutelle de la « théologie » ; et surtout dans la logique de la seconde sécularisation, celle du politique par rapport à l’Eglise, qui devait pousser le pape Léon XIII à demander aux catholiques de France de «se rallier» à la République… Le « siècle des Lumières » était passé par là… Evidemment, l’Eglise a résisté. Résisté jusqu’à se sentir tellement « assiégée » qu’elle n’était même pas capable de reconnaître les « droits de l’homme », ces droits qui nous paraissent pourtant aujourd’hui tellement dans la logique de l’Evangile… Elle avait, il faut le dire, quelques bonnes raisons de résister, à commencer par le fait que ces « droits de l’homme » étaient alors opposés aux « droits de Dieu ». Alors, évidemment…Depuis un siècle, les choses se sont bien décantées. En 1996, les évêques de France dans leur « Lettre aux catholiques » ont souligné que « nous acceptons sans hésiter de nous situer, comme catholiques, dans le contexte culturel et institutionnel d’aujourd’hui marqué notamment par l’émergence de l’individualisme et par le principe de laïcité » (p. 20). Ils ajoutent un peu plus loin : « Nous tenons à être reconnus non seulement comme des héritiers, solidaires d’une histoire nationale et religieuse, mais aussi comme des citoyens qui prennent part à la vie actuelle de la société française, qui en respectent la laïcité constitutive et qui désirent y manifester la vitalité de leur foi » (p. 28).Ce principe de laïcité, qui est l’une des bases les plus précieuses de notre démocratie, n’a pas été admis ou compris par tous : des idéologies, que l’on pourrait appeler « cléricarde » et « laïcarde », se sont opposées, la première voulant maintenir le pouvoir social et politique de l’Eglise comme telle, la seconde travestissant la laïcité en « laïcisme », c’est-à-dire glissant de la neutralité par rapport aux divers cultes religieux (garantis par l’Etat) vers un militantisme anti-religieux. Les villages de France d’il n’y a pas encore si longtemps sont remplis d’anecdotes du genre Don Camillo et Peppone…Aux disciples du Christ que nous sommes, il appartient de faire en sorte que la laïcité soit doublement une chance. Une chance, pour le dialogue entre les religions, de plus en plus indispensable aujourd’hui. Une chance ensuite pour nous-mêmes : elle peut nous pousser en effet à « aller au cœur de la foi » et elle peut ainsi nous permettre, dans un monde sécularisé où le religieux, même chrétien, n’est plus perçu comme allant de soi, de re-choisir le Christ pour vivre de manière plus décidée à sa suite. N’est-ce pas ce défi-là (difficile, il est vrai, et requérant de nous que nous fassions certains « deuils ») qui rend nos communautés chrétiennes si vivantes ?

Père Louis-Marie Chauvet